
Nous avons rencontré Nathalie, figure de la CFDT au Conseil Départemental, afin qu’elle nous explique dans les grandes lignes les revendications des personnels sociaux dans la crise que connaît la protection de l’enfance.
Un appel à la grève national est lancé par la CFDT le 14 novembre prochain à Angers, en raison des assises nationales des départements de France qui s’y déroulent à partir du 13 novembre.
Nathalie bonjour, peux-tu nous dévoiler ton parcours professionnel et syndical ?
Je suis assistante sociale au Département de Maine-et-Loire depuis juin 1984. J’ai essentiellement travaillé en Maison Des Solidarités depuis tout ce temps.
Syndiquée depuis 1992, j’effectue depuis plusieurs années des mandats au Comité Social Territorial et en formation spécialisée (F3SCT). Je suis secrétaire de la section départementale de la CFDT Interco 49 depuis 2018, où j’ai succédé à Patrice GOHIER. Je suis en décharge à mi-temps pour la section syndicale du Département depuis cette date. Je suis également engagée au sein d’Interco 49 en qualité de conseillère depuis 2016.
La protection de l’enfance est en crise, un mouvement d’ampleur est prévu à Angers le 14 novembre …
Oui, face à la crise de la protection de l’enfance, la Fédération Interco de la CFDT a eu la volonté de profiter de la tenue des Assises nationales des Départements de France, qui auront lieu à Angers à partir du 13 novembre 2024, pour faire un mouvement de grève national afin d’alerter sur cette situation dramatique.
Localement, nous souhaitons l’étendre à la prévention de l’enfance qui se trouve elle aussi embolisée par le manque de professionnels mais surtout par le manque de lieux d’accueil pour les enfants confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance, mission départementale.
Ce n’est pas nouveau que la protection de l’enfance est en crise.
Effectivement, le phénomène n’est pas nouveau. En juin 2022, nous avions déjà fait en Maine-et-Loire un mouvement pour alerter sur cette situation qui perdure depuis des années. A l’époque, 200 places de lieux d’accueil manquaient.
En septembre 2023, nous avons rencontré la Présidente du Département 49 afin de partager nos inquiétudes : nos élus partageaient nos constats mais malgré de nouvelles créations de lieux d’accueil, cela n’a pas suffi à enrayer la problématique
Qu’en est-il aujourd’hui ?
À ce jour 361 enfants confiés au Département de Maine-et-Loire sont en attente de lieu d’accueil effectifs (222 enfants en attente d’un accueil et 139 enfants en attente d’un Placement Éducatif à Domicile). Ils ont laissés chez leurs parents de longs mois malgré leur besoin de protection constaté et acté par les juges des enfants. Cela ne fait qu’accentuer le mal-être des enfants et entraine une recrudescence de la violence chez ces derniers, liée souvent à des pathologies psychiatriques plus nombreuses chez les jeunes enfants. Ce phénomène vient, selon nous, du défaut de prévention et de protection de ces derniers. A cela s’ajoute le manque de places en pédopsychiatrie et donc un défaut de soin.
Il faut savoir que fin septembre 2024 plus de 2500 enfants mineurs sont accueillis dans le 49 sur décision judiciaire.
En amont, les enfants en difficulté dans leur famille attendent de longs mois, voire plusieurs années une aide éducative à domicile qui pourrait éviter un placement si ce travail était réalisé dans les meilleurs délais.
Cela entraine des situations de violence parfois ingérables dans les établissements et chez les assistants familiaux accueillant des enfants si perturbés. Cela provoque une situation telle que plus d’une centaine d’enfants sont accueillis dans des lieux non adaptés (hôtels, gites, dispositifs relais avec des changements de lieux d’accueils quasi hebdomadaires).
Les professionnels sont à bout car ils font part depuis longtemps de leur mal-être face à leur impossibilité de prévenir ces situations et de protéger les enfants.
Cela a donc un impact dans les Maisons Départementales de Solidarité (MDS) ?
Oui. Dans les MDS, depuis plus de 10 ans, les personnes accueillies, en difficulté, sont de plus en plus nombreuses : + 7% ponctuellement et + 20% en accompagnement soutien parentalité, budget, logement, insertion. Cela sans augmentation de personnel de proximité.
Comment peut-on faire dans ces conditions un travail de prévention efficient ?
Notre collectivité, au lieu de créer des postes en nombre suffisant, en supprime faute de moyens financiers, et cela sans aucune volonté de transparence (30 postes gelés en 2024 à ce jour dans notre collectivité). Le dispositif d’accueil d’urgence des enfants en danger est inopérant depuis des années faute de places. Les familles d’accueil sont en nombre insuffisant et épuisées, faute d’accompagnement.
Dans ce contexte, les agents des MDS, de la Protection Maternelle Infantile et les éducateurs de prévention sont en difficulté pour exercer leurs missions de prévention car ils sont eux aussi sollicités pour pallier les manques de moyens des services de prévention.
Les moyens en ressources humaines au service de protection de l’enfance du Département sont insuffisants. La proportion de personnel précaire et inexpérimenté est élevée. Le turnover des agents est important. Les tâches administratives impactent de plus en plus les actions éducatives des travailleurs médico-sociaux.
Tout cela entraîne chez les agents œuvrant dans le social, un épuisement, une perte de sens de leur travail, des burn-out et un sentiment d’échec à accomplir leurs missions.
Au vue de tous ces constats, si vous partagez nos inquiétudes, rejoignez-nous le 14 novembre à 10h place du ralliement ou 10h30 devant le Palais des Congrès d’Angers.
NB : la CGT et SUD se sont joint à notre mouvement.
