
Bonjour Yasmina et Clarisse. Vous travaillez toutes les deux dans les Offices Publics de l’Habitat (OPH) où vous êtes déléguées syndicales. Pouvez-vous nous expliquer d’abord ce qu’est un OPH ainsi que votre travail ?
Yasmina : un Office Public de l’Habitat (OPH) a pour mission de gérer et de développer le parc de logements sociaux. Saumur Habitat est rattaché à l’agglomération de Saumur. Son rôle principal est de construire, réhabiliter et gérer des logements destinés à des personnes à revenus modestes, afin de répondre aux besoins en logement social sur son territoire.
Depuis un an, j’occupe le poste de chargée des demandes de Diagnostics de Performance Énergétique (DPE) pour les logements au sein de Saumur Habitat. Mon rôle consiste à coordonner et superviser l’ensemble du processus de demande de DPE, veillant à ce que chaque logement soit évalué conformément aux normes en vigueur. Cette mission est essentielle pour garantir que notre parc immobilier réponde aux exigences énergétiques actuelles. Auparavant, j’ai été gérante immobilier pendant plus de vingt ans, où j’ai réalisé des états des lieux et supervisé la remise en état des logements. Cette expérience m’a dotée de compétences essentielles telles qu’une fine compréhension de la nature humaine, une aisance relationnelle avec les locataires, ainsi qu’une solide expertise technique.
Clarisse : les OPH ont pour mission de garantir l’accès au logement pour les personnes à revenus modestes, notamment en construisant des logements, en les réhabilitant et en les gérant. Ils jouent un rôle clé dans le secteur du logement social en France, en proposant des solutions adaptées aux besoins des populations les plus fragiles.
Ces offices sont gérés par des collectivités locales (communes, départements, etc…) et peuvent aussi accompagner les locataires dans leur vie quotidienne, en leur offrant des services de proximité.
Je suis chargée du suivie de la Garantie de Parfait Achèvement (GPA) au sein de MELDOMYS (nouvelle appellation de Maine-Et-Loire Habitat depuis le 1er janvier 2025); Dès la réception du logement et après remise de clefs aux locataires, je dois en cas de dysfonctionnement d’une installation technique dans un logement, faire intervenir l’entreprise en charge des travaux et vérifier si les travaux sont faits.
Pouvez-vous nous expliquer comment vous négociez, sur quoi, quelles sont les négociations obligatoires, comment est le dialogue social au sein de vos OPH ?
Clarisse : nous négocions, avec mon collègue d’un autre syndicat, sur plusieurs sujets chaque année :
– Les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) ;
– L’égalité hommes femmes dans l’entreprise ;
– Les mobilités durables ;
– Le dialogue social : intéressement, épargne salariale ;
– La Commission Emploi & Classification Emploi, Aménagement du temps de travail.
Yasmina : en tant que déléguée syndicale à Saumur Habitat depuis plus de 15 ans, je m’efforce de représenter les intérêts des salariés et de maintenir un dialogue social constructif. Lors des négociations, mon approche repose sur l’écoute et la collaboration :
1. Préparation : je travaille avec la section pour recueillir les attentes des salariés et construire des propositions solides ;
2. Dialogue : je favorise des échanges ouverts et transparents avec la direction ;
3. Recherche de Solutions : je propose des compromis équilibrés, tenant compte des réalités économiques ;
4. Argumentation : j’utilise des données concrètes pour appuyer nos revendications ;
5. Suivi : je veille à la mise en œuvre des accords et évalue régulièrement leur impact.
Cette approche vise à instaurer un climat de confiance, permettant des accords bénéfiques pour tous.
Les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) couvrent plusieurs aspects clés :
1. Salaires : négociation des augmentations, primes et rémunérations variables ;
2. Temps de travail : organisation des horaires et congés pour un meilleur équilibre vie professionnelle / vie personnelle ;
3. Égalité professionnelle : réduction des écarts de rémunération et promotion de l’égalité des chances ;
4. Conditions de travail : amélioration de la sécurité, santé et bien-être au travail.
Grâce à cette approche, le climat social est bon et les accords se mettent en place de manière constructive.
Pouvez-vous nous raconter vos parcours syndicaux ?
Yasmina : mon engagement syndical à la CFDT a débuté en 2007, l’année même où Saumur Habitat a fait la transition d’établissement public à privé. Malgré ce changement, j’ai choisi de rester fonctionnaire et de m’impliquer activement dans la vie syndicale. Dès la création du Comité d’Entreprise (CE), j’ai intégré la délégation syndicale, participant à la mise en place de structures essentielles telles que la classification des emplois, les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO), et les accords sur les primes. Après le départ de l’ancien délégué syndical, c’est moi qui suis devenue la déléguée syndicale.
J’ai également joué un rôle clé dans l’établissement des œuvres sociales au sein du CE et ai pris en charge la gestion des finances en tant que trésorière, puis secrétaire du CE. En 2010, j’ai suivi la formation « Repères », renforçant mes compétences et ma confiance. Au fil des années, j’ai intégré diverses instances interprofessionnelles, du Conseil du syndicat à sa Commission Exécutive, en passant par le Bureau Régional de l’Union Régionale Interprofessionnelle et la responsabilité de l’Antenne de Proximité Interprofessionnelle de Saumur.
Ces mandats successifs m’ont été confiés grâce à la confiance de mes pairs et à mon engagement constant. La CFDT m’a offert un cadre sans jugement, propice à l’émancipation et à l’apprentissage continu. Mon parcours syndical est marqué par une volonté d’apprendre et de m’engager sans crainte, toujours guidée par les valeurs de solidarité et de justice sociale.
Clarisse : mon parcours syndical est un peu atypique Pour pouvoir faire parti d’un CE je devais être syndiquée. Ce que, à l’époque j’ai fait.
Après avoir intégré l’équipe des élus, j’ai à plusieurs reprises assisté ma collègue qui était déléguée syndical, à des réunions comme les NAO ou l’intéressement. Au fil des réunions, mon intérêt devenait de plus en plus important.
Pouvoir jouer un rôle important dans les négociations collectives avec les employeurs pour améliorer les conditions de travail, les salaires, ou encore défendre les intérêts des travailleurs en cas de conflits, cela devenait du concret pour moi.
Quelles sont vos actualités et revendications syndicales pour cette année 2025 ?
Clarisse : cette année nous avons commencé à travailler en réunion sur l’égalité homme femme. En parallèle nous allons commencer les réunion sur la cotation des emplois. C’est un travail qui va être mené sur plusieurs mois.
Yasmina : dans le cadre de la nouvelle convention collective nationale des organismes publics et coopératifs de l’habitat social (CCN OPCHS), signée le 28 novembre 2023, notre travail à Saumur Habitat est crucial. Cette convention résulte de la fusion des conventions collectives des Offices Publics de l’Habitat et des coopératives d’HLM. Elle introduit une nouvelle grille de classification des emplois que nous devons réévaluer la cotation d’ici 2026, un processus complexe mais essentiel pour aligner les rémunérations et les responsabilités avec les nouvelles exigences conventionnelles.
Comment voyez-vous le dialogue social et le devenir des OPH d’ici quelques années ?
Yasmina : le dialogue social à Saumur Habitat est actuellement positif, mais l’avenir suscite des interrogations, notamment avec le départ prévu de notre directeur général autour de 2030, ainsi que mon propre départ à la retraite. Pour garantir la continuité de cet esprit de collaboration, il est crucial que les nouveaux dirigeants adoptent les mêmes valeurs de respect et d’écoute.
Le devenir des OPH dans les prochaines années dépendra de plusieurs facteurs clés :
1. Évolution réglementaire : adaptation aux nouvelles lois et à la convention collective OPCHS ;
2. Transition écologique : intégration de normes environnementales pour des logements durables ;
3. Innovation et digitalisation : adoption de technologies pour améliorer la gestion et les services ;
4. Qualité de service : amélioration continue pour satisfaire les locataires ;
5. Financement et partenariats : sécurisation des financements et renforcement des collaborations.
En anticipant ces évolutions, les OPH pourront continuer à offrir des logements sociaux de qualité.
Clarisse : le dialogue social au sein de MELDOMYS est bon. Les débats et les échanges sont très constructifs et avec toujours beaucoup d’intérêts.
Avec la loi Elan (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique), il est prévu que les organismes de logement social se regroupent afin d’optimiser les coûts et de rationaliser la gestion des logements. Cela pourrait conduire à une réduction du nombre d’OPH au profit de structures plus grandes, mais (peut-être) plus efficaces en termes de gestion.
Les OPH seront probablement amenés à se moderniser, notamment par la digitalisation de leurs services. Cela pourrait inclure des démarches administratives dématérialisées, des outils numériques pour faciliter la gestion des demandes de logements, ou encore des services numériques pour les locataires.
Stéphane, syndicaliste expérimenté d’Angers Loire Habitat, détient également un mandat auprès de la Commission Nationale Professionnelle de la CFDT, pour le secteur de l’habitat social

Plusieurs années de mandats au sein de mon entreprise m’ont permis d’acquérir une expérience sur le dialogue social dans l’entreprise. La définition du dialogue social pour l’employeur est souvent assimilée à des rapports ou des discussions apaisées. La notion de négociation et de consensus n’est pas dans son logiciel.
Intégrer la CNP était pour moi un moyen de connaitre la réalité sur l’ensemble des OPH. De participer à l’élaboration d’outils et de moyens pour améliorer les conditions de nos élus. Puiser dans l’expérience et connaître la réalité de chacun pour établir des objectifs communs liés à leurs besoins.
Les travaux et la négociations de branche sont importants et nécessaires pour les revendications des élus de terrain. Pour moi, aujourd’hui il doit y avoir une réflexion sur une veille juridique et une réactivité plus importante sur les droits des salariés. Nous sommes confrontés de plus en plus à des décisions qui ne correspondent pas au code du travail. Le respect des élus est de plus de plus remis en question par les employeurs et la richesse de notre réseau sera très utile pour l’avenir et ainsi maintenir et améliorer les droits des salariés.
